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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)
À ceux qui soutienne la concentration des médias Le Collectif Régional d'Éducation sur les Médias D'information (CRÉMI) souhaite obtenir un droit de réponse à l'éditorial de Monsieur Jean-Guy Dubuc, paru le 27 novembre 2000 dans le journal La Tribune. Le CRÉMI est un organisme d'éducation populaire autonome qui intervient depuis 17 ans dans les domaines des médias et de l'information. Sa mission est de développer l'esprit critique de la population de l'Estrie face à tout sujet relié aux médias, donc la concentration des médias. Monsieur Dubuc a tenu dans
son éditorial à ''ouvrir les yeux'' de ''ceux qui paniquent''
devant la concentration des médias, ''comme si la démocratie
était en danger''. Selon lui, le gouvernement devrait dépenser
son (notre) argent ailleurs que dans une commission parlementaire chargée
d'étudier les risques de fusions de conglomérats médiatiques.
La liberté de la presse: un pilier de la démocratie Le problème est là: la liberté de la presse est un pilier de la démocratie. La liberté, c'est le droit à la différence, à la diversité. Peut-on, nous citoyennes et citoyens, estimer avoir doit à une presse ''diverse'' si tous les titres à travers la province sont contrôlés par.. deux propriétaires? Oui, Monsieur Dubuc, il y a un risque, pour ne pas dire plus. Et l'un des devoirs primordiaux d'un État démocratique, est de garantir la pérennité même de son système, de protéger ses fondements. Suggérer au gouvernement de s'occuper d'autre chose que ça, c'est demander aux institutions parlementaires de renoncer à l'une de leurs principales missions. Monsieur Dubuc compare la concentration de groupes médiatiques aux fusions qui s'opèrent dans tous les secteurs de l'économie mondiale. Il s'étonne que l'on s'inquiète pour la presse, alors que cette situation à la fois banale et inéluctable est la règle dans toute économie de marché. C'est un point de vue, mais ceci implique donc que l'on considère le monde médiatique comme n'importe quel autre secteur d'activité économique. Et les règles y sont les mêmes: faire des bénéfices ou mourir. L'information devient un produit et le journaliste en est le vendeur. (Est-ce là l'idée que tous les journalistes de La Tribune ont de leur métier?). De toujours vendre plus, l'obligation naît d'elle-même de trouver en priorité l'information la plus aguicheuse, ou à défaut, de rendre celle qui est existance plus attirante. Ne privilige-t-on pas alors la diffusion de l'information-spectacle dans le seul but d'augmenter encore son tirage, au détriment du travail d'enquête, de reportage et d'analyse? L'argument avancé démontre par lui-même le danger: de cette vision exclusivement économique du fonctionnement de la presse, on en arrive à pervertir le travail du journaliste et donc la qualité de l'information. La mobilisation de la presse: reflet de ''la pensée unique'' Monsieur Dubuc affirme que le fait d'appartenir à de grands groupes ne nuit pas à la liberté d'expression: ''Les journalistes en renoncent pas à leur liberté au moment d'écrire.'' Certes, mais pour espérer être publié, un journaliste peut-il vraiment être en désaccord avec la ligne éditoriale du journal? Et l'éditorialiste, '' ne s'informe pas vraiment de la pensée de son grand patron.'' Soit, mais peut-on raisonnablement imaginer ces grands patrons recruter un éditorialiste foncièrement différent de leur ligne directrice? L'éditorial de Monsieur Dubuc en est d'ailleurs une belle démonstration. Ce fonctionnement interne n'est pas condamnable en soit, tous les journaux du monde fonctionnent ainsi. Sauf que s'il n'existe plus que deux propriétaires, qui plus est, issus des mêmes milieux économiques et sociaux-culturels (Patrons de grands groupes industriels), il n'existera plus que des diffusions d'opinions fortement semblables. Une fois encore, l'argument, s'il est sincère, n'est qu'un voeu pieu. Il ne résiste pas à la réalité de la vie d'entreprise. Et la concentration multiplie d'autant plus ce risque d'une information multiforme. Monsieur Dubuc soutient que, quoi qu'il arrive, le grand public n'a jamais eu autant accès à la diversité d'information, par la télé, la radio, et venant de partout au monde. Et qu'ainsi l'opportunité lui est donnée, mieux que jamais d'en vérifier la qualité. Or, de leur propre aveu, les télés n'ont que peu de temps à consacrer à chaque nouvelle. L'effet d'annonce est pour eux la priorité absolue. Ils se réfèrent, et comptent sur la presse écrite pour approfondir les dossiers... Les radios n'ont que peu de moyens journalistiques, et eux-mêmes se réfèrent aux télés et aux quotidiens. Sauvegarde de la presse indépendante Enfin, il n'est pas donné à tout le monde de suivre des informations en anglais sur les chaînes câblées, sans parler qu'il serait étonnant qu'une chaîne de Colombie-britannique, de Cnn, ou d'une télé espagnole consacre ses ressources humaines et financières pour enquêter sur une affaire à Trois-Rivières. La multiplication des outils d'information n'implique nullement la multiplication des sources d'information. Cet argument qui compte sur une information ''extérieure'' est un triste constat d'échec, et avalise le fait d'avoir à l'intérieur du Québec une seule source d'information, une ''Voix du Québec'' qui à défaut d'être officielle serait tout aussi standardisée et sous contrôle. Voilà pourquoi la presse écrite est, demeure, et restera un pilier essentiel de l'information, et un sujet sensible. Voilà pourquoi il est essentiel de la protéger, d'en sauvegarder la pluralité, la diversité. Voilà pourquoi le CRÉMI demande l'intervention du gouvernement pour s'opposer à ce type de fusions et demande une aide croissante de l'état pour sauvegarder, aider et promouvoir une presse indépendante. Romuald Martin, |
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