Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Lettre ouverte

L'entreprise privée l'emporte sur le gouvernement

Le Collectif Régional d'Éducation sur les Médias d'Information (CRÉMI) est un organisme d'éducation populaire autonome qui intervient dans le domaine des médias et de l'information depuis 17 ans déjà. Étant très préoccupé par les différentes transactions survenues dernièrement entre les entreprises qui détiennent les médias au Québec, la concentration de la presse et des médias d'information semble en laisser plus d'un indifférent. Pourtant, la diversité des sources d'information est en péril et l'information est considérée comme un produit à revenu parmi d'autres.

Le gouvernement dit ne pouvoir rien faire face à la concentration de la presse. Bien que cela leur semble très inquiétant. C'est une vision bien restrictive, car la presse n'est qu'une partie des médias dans leur ensemble. Au Québec, aujourd'hui, c'est cet ensemble des médias qui est concentré entre les mains des conglomérats médiatiques: Québécor (télévisions, quotidiens, magazines, hebdos) et Power Corporation (radio, télévision, quotidiens). Malheureusement pour le public, c'est la diversité des sources d'information qui diminue d'autant.

Le premier ministre Bouchard dit qu'il appartient aux patrons de la presse de préserver la diversité des points de vue. Il faudrait faire confiance à ''l'éthique capitaliste'' (dixit M.Landry). Cependant, cet espoir semble difficile lorsque l'on entend Monsieur Pierre-Karl Péladeau, à la tête de Québécor, affirmer, l'année dernière dans une entrevue avec le magazine L'Actualité, qu'il ne se voit pas du tout comme un patron de presse. Son approche des journaux est industrielle.

''C'est une question d'autodiscipline de la part des gens engagés dans ce domaine'' selon M. Bouchard. Est-ce vraiment efficace? La violence à la télévision est supposément contrôlée de façon autodisciplinaire par les télédiffuseurs. Pourtant, les résultats des quatre études menées entre 1993 et 1998 sur la violence à la télé, par les chercheurs de l'U. Laval, MM Jacques De Guise et Guy Paquette, ont démontré une augmentation de la violence: '' Nos travaux semblent démontrer que ces mesures (l'autoréglementation, comité de surveillance) n'ont pas produit les résultats escomptés. Non seulement la quantité de la violence présentée dans les émissions de fiction des réseaux généralistes canadiens n'a pas diminuée, mais elle est en nette croissance. Cette augmentation atteint presque 50% de 1995 à 1998.''

Le Ministre Landry dit être favorable au plus grand nombre de groupes possibles, ''il parait qu'il y en a trois''. Les médias québécois sont entre les mains de deux groupes: Québécor et Power Corporation. C'est une exemple concret que la concentration des médias a atteint un point tel, que même les dirigeants de cette province n'ont pas idée de la situation réelle. Pas surprenant que les transactions dans ce jeu de monopoly médiatique ne créent pas plus de réactions.

Si le gouvernement ne veut rien faire, il revient au public de se prononcer de même qu'aux organismes et regroupements qui croient en l'importance de diversité dans les sources d'information pour le bien du public et de la démocratie.

De toutes les entreprises qui convoitent les quotidiens de Hollinger, seul le Groupe Vaugeois mentionne son intérêt pour un contenu médiatique vivifiant, diversifié et ouvert sur le monde. Si cet intérêt pouvait faire partie des critères du CRTC, concernant la concentration, et être partagé par tous les conglomérats médiatiques, vous imaginez quel serait la participation de la population aux débats publiques?

En 1973, un rassemblement public s'est fait pour dénoncer et contrer la concentration de la presse. En réponse aux inquiétudes émises, Monsieur Bourassa, premier ministre à l'époque, était intervenu. Pourquoi aujourd'hui, le gouvernement ne se donne-t-il pas les moyens d'intervenir? La liberté d'entreprise doit-elle prendre le pas sur la liberté de presse? C'est un choix de société. Nous sommes les premiers concernés. C'est le bien de l'information de la population québécoise qui est en jeux!

Ana Rosa Mariscal,
pour le CRÉMI.