Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Entrée libre octobre 2003

Recto verso: portrait d'une injustice

>Dernièrement, la revue Recto Verso apprenait que le gouvernement fédéral, via le Fonds du Canada pour les magazines (FCM), refusait de continuer à lui donner une subvention d'un montant de 30 000$. La raison invoquée? Le fait que Recto Verso soit un magazine gratuit. Ce fonds a été créé pour donner un coup de pouce aux médias écrits et leur permettre de faire face à la concurrence étrangère tout en augmentant leur contenu canadien. Les conglomérats tels que Quebecor et Power Corporation, dont les magazines font amplement de profits, n'ont pas besoin de ces subventions

Un magazine populaire

Recto Verso est un magazine dont le tirage atteint les 80 000 exemplaires. Il est distribué gratuitement à travers le Québec dans les lieux publics et dans le secteur communautaire. Il s'agit d'un magazine ''d'information générale, soucieux de vulgariser et de rendre accessible les grands enjeux de la société par des reportages dynamiques et une information fouillée". Des sujets tels que la condition des femmes en Afghanistan et les problèmes rencontrés par les travailleurs et travailleuses québécois (es) sont ainsi abordés. Il est aussi reconnu pour prendre des risques. Il a, entre autres, permis la diffusion des clichés de la défunte photographe montréalaise Zahra Kazemi décédée en Iran, alors que le photo-journalisme est encore peu présent dans les médias écrits quéécois.

Pour Recto Verso, quelles sont les conséquences du retrait de cette subvention? À première vue, on peut penser que 30 000$ soustrait d'un budget annuel de 675 000$ n'est pas nécéssairement alarmant, mais les faits sont là. Recto Verso a perdu ce qui est l'équivalent d'un salaire annuel et cette somme en moins menace sa stabilité financière. Dans un univers médiatique où les médias écrits sont aux mains de conglomérats, la situation s'avère donc encore plus difficile pour Recto Verso qui avait réussi à se tailler une place.

Conglomérats à l'oeuvre

En privant Recto Verso d'une source importante de revenu, le Fonds canadien ne brille pas par son soutien aux médias progressistes et indépendants qui se veulent une alternative à la presse et aux magazines à grand tirage. Le Fonds canadien en servirait-il qu'à financer des "torchons à potins" comme l'a écrit Michel Venne dans Le Devoir du 11 août 2003 (7 Jours a reçu 554 000$; Dernière Heure, 279 000$; le Lundi 275 000$)? Ne devrait-il pas servir à renforcer les médias de qualité qui offrent une information de qualité?

Vicky Lapointe, pour le Crémi