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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)
La télévision canadienne, un bien collectif En janvier dernier, l'empire Quebecor, précédé par Shaw, un câblodistributeur de l'Ouest, a décidé de bouder le Fonds canadien de télévision (FCT) en cessant ses versements mensuels. Cette décision est illégale, puisque selon les règles émises par le CRTC, les câblodistributeurs doivent remettre 5 % de leurs revenus bruts au CRTC, lequel verse 80 % de cette somme au Fonds afin de financer la production d'émissions canadiennes. Pour l'année 2006-2007, l'enveloppe se chiffre à 265 millions, dont 165 millions proviennent des câblodistributeurs et fournisseurs de signaux satellites. La somme restante provient du gouvernement fédéral. Si Quebecor et Shaw avaient décidé de maintenir leur décision, c'est 60 millions de dollars qui auraient été en jeu. Motifs et solutions La décision de Quebecor et Shaw repose sur leur mécontentement face au financement de la télévision de Radio-Canada, qui se voit financée à 37 % par le Fonds. Selon eux, la télévision d'État ne devrait pas être subventionnée par le privé. Quebecor et Shaw dénoncent également le fait que le Fonds ne réponde plus aux besoins actuels des câblodistributeurs étant donné l'émergence de nouvelles technologies. M. Péladeau a donc proposé la création de son propre fonds de télévision, qui ne servirait qu'à financer les productions de Quebecor. Le conglomérat renoncerait ainsi à sa subvention en provenance de Patrimoine Canada, sans toutefois renoncer aux crédits d'impôt fédéraux qui lui sont accordés. De plus, il aimerait profiter de crédits d'impôt provinciaux qui lui ont été refusés jusqu'à maintenant. Évidemment, c'est Quebecor qui déciderait à qui irait l'argent! Réactions La ministre du Patrimoine, Bev Oda, soutient que la structure du Fonds doit être revue. La ministre québécoise de la Culture, Line Beauchamp, croit aussi que la télévision canadienne est au cœur d'une importante crise de nature politique. Du côté des artistes et réalisateurs québécois de la télévision, la proposition de Quebecor est tout à fait inacceptable, car elle a pour conséquence de mener à une uniformisation des émissions, sans garantie quant au contenu canadien. Revirement de situation Près d'un mois après la décision de Quebecor de cesser ses versements mensuels au FCT, la ministre du Patrimoine et le CRTC ont pressé M. Péladeau de recommencer à faire ses versements. Ce dernier a accepté, séduit par l'idée de la ministre Bev Oda de revoir la structure du Fonds et encouragé par l'annonce du nouveau président du CRTC, Konrad von Finckenstein, d'étudier la demande de Quebecor de créer son propre fonds. Alors que la crise au FCT semble s'être atténuée avec ce revirement inattendu, le Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI), pour sa part, demeure inquiet quant à l'avenir de la télévision canadienne. Comment la population canadienne peut-elle s'assurer que sa contribution au Fonds, via le paiement du câble, soit utilisée dans son intérêt, alors que le président du CRTC, qui accorde des permis de diffusion à l'ensemble des télécommunications canadiennes, considère la possibilité d'accorder à Quebecor le droit d'exploiter son propre fonds privé? Le contenu canadien des émissions de télévision doit être protégé (particulièrement contre " l'américanisation " des ondes), et ni le gouvernement, ni les câblodistributeurs, ne doivent s'en accaparer pour détourner cette responsabilité à leur propre avantage.
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