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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Entrée libre décembre 2004

Troisième classement mondial de la liberté de la presse

Le Canada en chute libre
En octobre 2004, l'organisme international pour la défense de la liberté de la presse Reporters sans frontières (RSF), affichait les résultats de son troisième recensement mondial auprès de 167 nations en les classant selon leur situation au niveau de la liberté de la presse. En collaboration avec des associations de défense de la liberté d'expression, des journalistes, chercheurs, juristes et militants des droits de la personne, RSF en est arrivé à la conclusion suivante : le Canada a dégringolé de la 10e à la 18e place derrière les pays d'Europe du Nord. Cependant, il demeure loin devant les régions de l'Asie orientale et du Moyen-Orient. Son voisin, les États-Unis, suit de près au 22e rang.

À quoi correspond cette chute?
Cette chute s'explique, entre autres, par trois événements majeurs : la perquisition au domicile de la journaliste Juliet O'Neil, les prises de position du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) contre Al-Jazira et la menace de fermeture de la radio québécoise CHOI FM.

Premièrement, on se souvient qu'en septembre 2002, les autorités états-uniennes avaient procédé à l'enlèvement de Maher Arar, un ingénieur canadien prétendument lié au réseau terroriste Al-Quaïda. Suite à cette arrestation, la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) avait procédé à une perquisition au domicile de Mme O'Neil, journaliste au quotidien Ottawa Citizen. Le motif invoqué repose sur le fait que Mme O'Neil aurait produit un article faisant notamment référence à des documents des services de renseignements canadiens acquis de source anonyme et relatant des témoignages de M. Arar. Deuxièmement, l'instance de régulation nationale, le CRTC, en a surpris plus d'un en refusant à la chaîne italienne RAI Internationale de diffuser au Canada, tout en le permettant à la chaîne arabe Al-Jazira, souvent surnommée " CNN du monde arabe ". Le CRTC a permis aux distributeurs par satellite d'offrir cette chaîne à une condition : éviter d'éventuels " propos offensants " sur ses ondes. Le CRTC est même allé plus loin en permettant aux distributeurs d'appliquer eux-mêmes la censure quant au contenu de la chaîne arabe. On peut lire dans la décision du CRTC que même si cela brime la liberté d'expression, cela risque également de réduire la diffusion de " propos offensants ". Troisièmement, la menace de fermeture de la station de Québec CHOI FM a suscité toute une controverse. Encore fraîches, sont à notre mémoire, les photos impressionnantes des militants et militantes " pro-CHOI " qui contestaient la décision du CRTC de fermer leur station.

Un droit et non un privilège
La liberté d'expression est un droit et non un privilège. Tous les médias, médias écrits, radio et télévision, ont droit à une liberté d'expression égale et non censurée. Avec les dernières décisions du CRTC et son abstention de définir clairement le terme " propos offensant ", la dérive de confondre " propagande haineuse " et " opinions politiques divergentes " demeure possible. Si les citoyennes et citoyens évaluent qu'un média va trop loin et que les propos tenus les agressent, ceux-ci ont la possibilité d'exprimer leur mécontentement auprès d'organismes de plaintes tels le CRTC et le Conseil de presse du Québec (CPQ). Malgré la présence de ces organismes, le CRÉMI demeure inquiet : comment, dans l'avenir, ferons-nous la distinction entre un média qui subit la censure de la part d'un organisme de régulation et celui qui doit s'autocensurer via ses distributeurs? Le déclin du Canada au niveau de la liberté de la presse vient sonner l'alarme. L'avertissement est lancé. Il faut maintenant agir. Laissez les médias faire leur travail.

Annie Forest Coordonnatrice pour le CRÉMI
Source : Communiqué sur le " Troisième classement mondial de la liberté de la presse " par Reporters sans frontières (RSF), octobre 2004