Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Lettre ouverte

Un sondage qui fait jaser

Un sondage scientifique sur le racisme, la tolérance et les accommodements raisonnables a été réalisé par Le Journal de Montréal, TVA et 98,5 FM via la firme Léger Marketing. Ses résultats surprennent : en première page de l'édition du 15 janvier du Journal de Montréal, on pouvait lire le titre " 59 % des Québécois se disent racistes ". Le quotidien La Presse, pour sa part, affirme que " 82 % des Québécois se disent faiblement ou pas du tout racistes ". Pourtant, les deux articles ont été réalisés à partir du même sondage. Et tous deux disent vrai. En effet, la différence réside dans l'interprétation des résultats qui sont les suivants : 1 % des Québécois se disent fortement racistes, 15 % moyennement, 43 % faiblement, 39 % pas du tout et 1 % sans opinion. Dans le cas du Journal de Montréal, le terme " raciste " inclut les personnes faiblement, moyennement et fortement racistes. Dans le cas de La Presse, les personnes qui se disent faiblement racistes ne sont pas considérées comme étant racistes.

Ambiguïté

La confusion dans l'interprétation des résultats s'explique par le fait que le terme " raciste " n'a pas été clairement défini. Pour certains, une personne est raciste même si ce n'est que très faiblement, alors que pour d'autres, la portée du terme est moins grande. Par ailleurs, il aurait également été pertinent de définir clairement ce que l'on entend par " Arabe ", " Juif ",
" Québécois de souche ", etc. Une définition précise de ces termes aurait probablement évité de telles contradictions dans la façon d'interpréter les résultats.

Sensationnalisme à l'œuvre

Le Collectif Régional d'Éducation sur les Médias d'Information (CRÉMI) considère que le sensationnalisme n'a pas été mis en reste dans l'interprétation des résultats de ce sondage. En affichant le titre " 59 % des Québécois se disent racistes " à la une de son journal, Le Journal de Montréal s'est sans contredit livré au jeu du sensationnalisme. S'attendait-il à une réaction aussi forte de la part de la population québécoise et des autres médias? Que la réponse soit positive ou négative, il a su en tirer profit en usant par la suite du phénomène de la convergence. Par ailleurs, si Le Journal de Montréal veut, en plus des nouvelles de faits divers, s'orienter vers des nouvelles d'ordre plus politique, une ligne éditoriale serait à exploiter. Ce titre choc ne reflète pourtant pas la réalité : même si l'affirmation n'est pas fausse, elle ne tient pas compte des différents degrés de racisme dans son interprétation. Ce titre a créé un malaise, d'une part, chez la population québécoise, et d'autre part, chez le président de la firme Léger Marketing, qui a lui-même rédigé une lettre ouverte à ce sujet dans l'édition du 18 janvier du quotidien La Presse… Par ailleurs, TVA a aussi joué la carte du sensationnalisme en traitant ce sondage trois jours de suite en début de son bulletin de nouvelles. Étrangement, cette stratégie arrive en pleine période d'étude des cotes d'écoute!

Annie Forest
Coordonnatrice pour le CRÉMI