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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Entrée libre septembre 2006

Des sans-abri victimes des coups durs d'un " trash-réalité "

Au cours des dernières années, le phénomène de la télé-réalité a pris beaucoup d'ampleur. Le petit écran nous a permis de suivre au quotidien la vie de jeunes aspirant au métier de chanteur, de célibataires en quête de l'âme sœur, etc. Quoiqu'on puisse se questionner sur les " réelles " valeurs de ces émissions, ces dernières, règle générale, n'incitent pas à la violence physique et psychologique. Dernièrement, des producteurs américains ont exporté vers le marché cinématographique québécois des films dont le contenu est basé sur la réalité vécue par de vrais sans-abri, allant ainsi à l'encontre du respect de leur dignité humaine.

De Jackass à Bumfights

Si vous avez été choqué-e-s par les scènes désobligeantes de la série et du film Jackass, où des jeunes hommes à l'esprit tordu font pénétrer une voiture pour enfants dans leur postérieur ou se jettent dans une plantation de cactus, vous n'avez encore rien vu. Tout récemment, le quatrième volet de la série de " trash-réalité " Bumfights, concept initié par deux jeunes Américains, a vu le jour. Dans la série Bumfights, vous pourrez voir des gens qui se moquent des sans-abri en leur mettant le feu aux cheveux, en les invitant à s'arracher des dents avec une pince et à boire de l'urine laissant croire qu'il s'agit de bière, pour ne nommer que quelques-unes de ces scènes malsaines et morbides, et ce, en échange de quelques dollars ou d'un hamburger. Pas surprenant que la Régie du cinéma du Québec ait refusé de classer cette série, la considérant " contraire aux valeurs fondamentales de la société québécoise ". Il va de soi que des productions de " trash-réalité " qui valorisent la criminalité, l'exploitation de personnes démunies et les comportements antisociaux n'ont pas leur place sur nos écrans. Par ailleurs, ce qui surprend, c'est que ces films se soient vendus à quelque 300 000 exemplaires et qu'ils soient disponibles aux États-Unis et ailleurs au Canada, entre autres en Ontario. Les valeurs promues par ces producteurs vont à l'encontre de nos propres valeurs. Comment ces derniers peuvent-ils ne pas considérer que les actes nommés précédemment ne puissent porter atteinte au respect fondamental de tout être humain? Il en va de même pour les scènes de criminalité et les scènes sexuellement explicites…

" Trash-réalités ", à la poubelle!

Le Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI) considère qu'au même titre que la pornographie juvénile est interdite, les " trash-réalité " du type de Bumfights, où dominent déshumanisation et exploitation, devraient être criminalisés! Bien que nous ayons tous à cœur la liberté d'expression, il est évident que la quête incessante de profits de la part de producteurs et de distributeurs sans scrupules ne peut pas continuer au détriment de nos valeurs les plus fondamentales. Pendant que les concepteurs de cette série n'écopaient que de simples travaux communautaires pour leurs actes, cinq jeunes Australiens mettaient le feu à la tente d'un sans-abri. Plus près de chez nous, en Alberta, cinq jeunes ont attaqué un itinérant et lui ont uriné au visage, et ce, sous l'œil complice de leur caméra.
Si l'on se fie aux résultats de Statistique Canada révélant que " la télévision est l'un des médias ayant le plus d'influence dans la vie des enfants " (2001), il est à se demander quel sera l'impact d'une accessibilité à de tels contenus sur le comportement des jeunes et d'adultes facilement influençables. Si vous êtes révolté-e-s par ce type de " trash-réalité ", n'hésitez pas à le dénoncer sous forme de lettres ouvertes dans la presse écrite ou en communiquant votre appui à la décision de la Régie du cinéma par courriel à regieducinema@rcq.qc.ca ou par la poste à l'adresse suivante : Régie du cinéma, 390, rue Notre-Dame Ouest, bureau 100, Montréal (Québec) H2Y 1T9.

Annie Forest, coordonnatrice pour le CRÉMI