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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Entrée libre septembre 2004 (publié dans La Tribune du 30 septembre 2004)

Les ondes se brouillent chez Radiomédia

Depuis que le géant albertain Corus Entertainement a fait son entrée dans le paysage québécois, un vent de panique souffle sur les stations radiophoniques locales. Suite à sa demande d'acquisition de six stations AM mises en vente par Astral Média en mai dernier, Corus avait " prêté serment " auprès des stations déficitaires des régions de Québec, Gatineau, Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières afin de les relancer. Résultat prévisible? Une baisse significative du nombre d'heures de diffusion accordées aux nouvelles régionales, abolition de plusieurs postes journalistiques et augmentation de la fréquence des nouvelles en provenance de la métropole. En somme, les " potentiels protégés " du géant Corus devront se livrer à une lutte contre la " montréalisation des ondes ".

Crainte d'un régime minceur à la radio CHLT 630
À Sherbrooke, le malaise règne chez les employés et auditeurs de la station CHLT AM 630. Déjà victime de la suppression du bulletin d'information régional de 11 h 30 au réseau TQS en automne dernier, la population sherbrookoise risque de souffrir des " restrictions régionales " préconisées par Corus. D'un total de 45 heures hebdomadaires consacrées à l'information locale, CHLT 630 passerait à un maigre 20 heures. Ailleurs au Québec, d'autres stations radiophoniques seraient durement touchées. La plus vieille radio francophone d'Amérique du Nord, CKAC, pourrait voir son contenu d'information locale diminué de moitié, passant de 40 à 20 heures par semaine. De plus, Corus entrevoit la suppression de 17 journalistes à la salle de nouvelles. En bref, CKAC deviendrait, dans les mains de l'entreprise albertaine, une station axée sur les sports et la santé, et dont les nouvelles montréalaises seraient acheminées vers les autres stations de l'ancien réseau Radiomédia. Néanmoins, le président par intérim du syndicat de CKAC, Jules Bordeleau, demeure optimiste. Il soutient qu'il est peu probable que le CRTC accepte la proposition de Corus. Cette transaction impliquerait une perte considérable au niveau de la diversité des sources d'information et au niveau de la concurrence.

Mouvement de sympathie
Partout au Québec, des milliers de partisans de l'information régionale se sont ralliés pour sauver le réseau Radiomédia des mains de Corus. La mise sur pied du site Internet rassembleur " Sauvons Radiomédia " le 9 juillet dernier a permis d'amasser par milliers les lettres d'appuis des auditeurs. Chaque station touchée a également son propre site. Pour la station sherbrookoise CHLT 630, on comptait déjà, au 15 juillet, environ 2000 lettres d'appui. L'ensemble des lettres transmises au réseau Radiomédia sont dûment acheminées vers le CRTC, qui, espérons-le, a beaucoup d'espace dans son compte de messagerie électronique!

Sauvons notre information régionale
Outre les quelque 225 employés du réseau touchés par la menace de Corus, les populations des régions concernées sont durement affectées. Comment les gens pourront-ils prendre le pouls de l'actualité régionale? Si les médias ne se chargent pas de les informer, qui le fera? Autant de questions qui demeurent sans réponse sous la menace du géant albertain. Malheureusement, il semble que la tendance penche vers la " monopolisation de la parole montréalaise ". Or, qu'adviendra-t-il des voix de la Capitale, du Saguenay, de Gatineau, de Trois-Rivières et de Sherbrooke? Seront-elles prises en otage par la grande métropole? Survivront-elles à la menace grandissante de la " montréalisation des ondes "? Leur sort est entre les mains des auditeurs et des dirigeants du CRTC, ces derniers dont la réponse est impatiemment attendue suite aux audiences tenues le 7 septembre dernier. Sherbrookois et Sherbrookoises, il est encore temps d'agir. Sauvez votre information régionale. Sauvez CHLT 630 (www.sauvonschlt.com).

Annie Forest, coordonnatrice pour le CRÉMI
Sources : La Tribune et La Presse, juillet 2004