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Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI)

Entrée libre décembre 2006
(publié dans La Tribune le 11 décembre 2006, sous le titre "Des questions sans réponse")

Des questions sans réponse
Controverse au Journal de Sherbrooke

Récemment, Le Journal de Sherbrooke a été secoué par une crise importante. À la suite d'un reportage controversé dans son édition du 20 octobre 2006 et impliquant le premier ministre Jean Charest, le journal, via la direction de Quebecor, a congédié le journaliste Alain Bérubé et le chef de pupitre Pascal Morin pour " non-respect des politiques de journalisme et de vérification des faits avant de publier ". Le premier article s'est inspiré d'un autre article paru dans le journal souverainiste Le Québécois et questionne la capacité de M. Charest de s'offrir des résidences luxueuses à même son salaire de premier ministre. L'article est accompagné d'une photo montrant le prétendu chalet situé à North Hatley et dont ce dernier n'en est en fait pas le propriétaire. Le second article dévoile les réactions du cabinet du premier ministre face à ces déclarations jugées dérisoires. Selon la direction de Quebecor, une telle erreur journalistique est inacceptable. En effet, une des règles de base du journalisme n'a pas été respectée, à savoir, celle de toujours vérifier les sources d'information avant de publier. Malgré l'impact d'une telle erreur, les congédiements du journaliste et du chef de pupitre du journal sont-ils justifiés ?

Mea culpa

Le bureau du premier ministre a adressé une demande d'excuses au Journal de Sherbrooke. La direction y a répondu rapidement en consacrant la Une de son édition du 27 octobre à cet effet. Le titre était sans équivoque : " Nos excuses au premier ministre Jean Charest ". La direction a également admis que la publication de ce reportage " contrevenait gravement aux principes de rigueur, d'équilibre, d'exactitude et d'équité qui s'imposent aux médias et aux journalistes ". Des excuses publiques essentielles, mais qui n'effacent pas l'erreur commise. Comment la direction de Quebecor a-t-elle pu laisser passer une faute aussi énorme dans trois de ses journaux (Le Journal de Sherbrooke, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec) ? Comment peut-elle justifier ces deux congédiements alors que le chef de pupitre du Journal de Québec, Michel Hébert, n'a pas subi le même sort pour la même faute ? Est-ce parce que Le Journal de Sherbrooke est situé dans le comté du premier ministre ? Outre le congédiement, d'autres mesures s'offraient-elles à la direction ?

Bien des questions

Le Collectif régional d'éducation sur les médias d'information (CRÉMI) se questionne sur l'implication de telles décisions sur l'éthique journalistique. Jusqu'où peut-on aller lorsqu'une telle erreur est commise ? Est-il juste d'aller jusqu'à congédier les personnes en cause ? Dernièrement, la journaliste de Radio-Canada, Christine Saint-Pierre, a été tenue à l'écart durant un mois parce qu'elle avait écrit une lettre dans des quotidiens pour défendre la présence des forces militaires canadiennes en Afghanistan. Dans son cas où les conséquences sont beaucoup plus grandes, il n'y a pas eu de congédiement. Pourtant, la faute était grave car les journalistes se doivent de faire preuve d'impartialité. Nous souhaitons que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ, section Estrie) apportera des réponses à toutes ces questions.

Sources : La Tribune et La Presse et Le Journal de Sherbrooke, octobre 2006

Annie Forest, coordonnatrice pour le CRÉMI